Je traîne mes os sales et ma peau seule d’une pièce à l’autre. Quelques organes s’agitent encore à l’intérieur, en service minimum. Mon cœur s’assèche un peu plus à chaque battement, une douleur comme une fissure qui s’agrandirait de jour en jour. Mes poumons prennent si peu d’air que ma poitrine ne se soulève plus et mon corps s’affaisse, inexorablement.
Les articulations me brûlent, elles me réveillent la nuit. Maintenant je ne peux plus étendre les bras. C’est douloureux. Il faut les laisser pliés, les mains rangées sur le ventre ou les épaules. Les mains qui se replient de plus en plus et les bras qui ne se tendent plus, comme un refus d’étreinte à jamais.
J’ai la pâleur des gens qui ne voient plus la lumière et ma peau reste froide. Mes yeux sont vides, reçoivent de moins en moins de détails et ne sont confortables que fermés.
Je suis morte et personne ne le sait, l’intérieur ne se voit pas. Je m’effrite petit à petit, je donne encore quelques paroles parfois, comme un devoir de transmission, de mémoire : Il faut vivre, vivre à en crever oui, sauter au ciel et recevoir le soleil en pleine figure, manger les étoiles et capturer la nuit.
Je pose deux et je retiens un : j’ai eu mon compte.
Au moment d’arrêter de respirer pour de bon, je serais heureuse. Je sais que je reverrai alors dans mes yeux clos toutes les couleurs de l’amour et de la liberté. On m’allongera dans une boîte et on jouera les sons que j’aimais, je ne les entendrai plus. Un dernier message, un dernier verbe, qui ne marquera que peu d’esprits.
La vie est belle. La mort aussi.














































